Quelques Extraits...

 

EXTRAIT I

Julien : … / Je me suis d’abord promené, un peu au hasard des rues… Enfin c’est ce que je croyais car soudain je me suis retrouvé Place des Vosges… Cet endroit que tu aimes tant… Je me suis rendu compte qu’il y a bien longtemps que nous n’y sommes revenus ensemble… J’étais là un peu surpris moi-même, là juste à l’endroit où nous avions échangé nos premiers mots d ‘amour… C’était le même décor et les mêmes figurants : quelques petits vieux, quelques mères de famille et quelques touristes… Je me suis assis sur le même banc que celui où ce jour là il me semblait voir ma vie vraiment commencer…Vraiment prendre tout son sens… J’ai pensé à nous… A ce que ce mot pouvait signifier pour toi… Que sommes-nous ? … Un couple ? … Deux amants… Un, deux, des chiffres seulement ou quelque chose de plus ? … Chargé de sens ? … J’essayai de réfléchir rationnellement, un peu comme tu as tenu à me l’apprendre… De raisonner de façon cohérente et saine mais je n’y parvenais pas… Je n’y suis pas arrivé parce que des tas d’images me revenaient à la mémoire… Des images que tu aurais sans doute qualifiées de sentimentales… Mais si belles que si je m’étais écouté je serai revenu ici en courant pour te serrer dans mes bras…

Jacques : Ah Ah le printemps !

Julien : Oh non, ne ris pas c’est très sérieux ce que je voudrais te dire ! A présent je suis triste de n’avoir pas eu le courage de le faire, d’avoir su me contenir justement… C’est un peu comme si, d’un seul coup, je m’étais senti devenir adulte…

Jacques : Mais tu l’es devenu depuis un moment déjà Julien, et c’est merveilleux….

Julien : Mais non, tu ne comprends rien, c’est tragique au contraire…

EXTRAIT II

Jacques :...Arrête de toujours vouloir finir mes phrases ! Ce que je voulais dire est complètement différent ! Si je ne t’aimais pas comme je le fais, je ne refuserai pas aussi catégoriquement cette flatteuse mais bizarre idée du Pacs. Mais enfin qu’est ce qui te prends, qu’est ce qui prends tous les mecs de ta génération à vouloir si absolument se faire " reconnaître " par la société ? Aucun d’entre vous ne comprend-il donc pas qu’elle ne fait par là que tolérer un phénomène qu’elle ne peut plus combattre ouvertement ? Je suis un peu déçu qu’à toi aussi, toi dont j’aime l’intelligence, l’esprit critique, qu’à toi aussi il échappe que cette vieille société judéo-chrétienne ne fait seulement qu’entériner une situation qu’elle désapprouve profondément. Si le capital ne s’était pas mis tout à coup à considérer les homos comme une tranche de consommateur particulièrement intéressante pour lui, si les dérèglements de la vie familiale ne jetaient pas des milliers de jeunes dans le désarroi affectif jamais la classe politique ne nous aurait accordé le moindre droit. Regardes donc, Julien, avec l’œil critique dont je te sais capable les mouvements homosexuels de ces dernières années… Les manifestations sont devenues de simples parades commerciales… Qu’est-ce que çà peut bien foutre à un petit mec de province, fils d’ouvrier, de paysan ou de petits bourgeois que des milliers de folles défilent une journée entière sur les grands boulevards parisiens en gueulant qu’ils sont libres alors que les pressions qu’il subit chaque jour le fait trembler de se voir découvert par ses camarades de lycée, ses collègues de travail, sa famille. Comment pourrait-il savoir, ce garçon là qui découvre avec effroi sa " différence " que parmi tous les participants à ce cortège, la plus grande part n’abandonne que pour un moment leur tenue Bc-Bg, qu’ils retournent très vite dans le gris anonymat de la grande ville… Qu’est-ce que çà peut lui foutre, à lui qui se pose tant d'autres questions, de savoir qu’il a le droit de signer un Pacs avec un autre mec ! Il sait bien ce qu’il risquerait socialement en avouant son homosexualité aux "  autres " ! Et que fait-il alors, qui ne soit pas justement ce que des générations d’homos ont déjà fait ? Se taire, se cacher derrière un mariage boiteux ou aller se perdre dans la plus proche grande ville. Non, Julien le Pacs ne règle rien. Rien n’est gagné ! Pour la simple et bonne raison qu’on ne reconnaît à l’homosexualité le droit de n’exister que sous conditions. "  Enculez-vous " tant que vous voudrez… Mais chez vous… Dans un appartement que vous achèterez à crédit comme le font les hétéros… Avec des meubles, des voitures enfin avec tous ces "  biens de consommation " comme on les appelle… Plus vous vous mettrez en couple et moins on vous verra vivre en dehors des " normes ", ce qui est toujours dangereux pour la société. Plus on vous permettra de vivre en caricature de couple , mieux vous servirez les intérêts qui n’attendent de vous que vous accomplissiez le mieux possibles les tâches utiles à ceux qui veulent maintenir la société telle qu’elle est aujourd’hui parce que telle qu’elle est elle les sert bien. L’essentiel n’est-il pas de continuer à imposer le couple comme seule et unique pierre angulaire de la société ? Et si l’évolution des mœurs impose que l’on doive reconnaître socialement celui formé par deux êtres de même sexe qu’importe ! Du moment que la pression qu’on peut exercer sur un couple est toujours plus sure, et plus grande que celle qu’on peut avoir sur un être seul et libre… Bien sûr que l’on acceptera un jour que nous adoptions des enfants… Parce que l’idéal, le sommet, c’est la pression qu’on peut diriger sur toute une famille…

EXTRAIT III

Julien :...Je savais depuis le début que tu n’étais pas une page blanche et si je t’aime c’est peut-être pour ces ratures, ces gommages… Et tout ce qu’ils cachent…Si je t’aime c’est peut-être pour me les approprier, en faire ma toile de fond à moi, une sorte de page de garde…

Jacques : Une sorte de préface ?

Julien : Plus quelques chapitres si tu le veux bien…

Jacques : Admettons, mais il te faudra bien un jour te servir d’une page vraiment vierge pour pouvoir écrire ta propre histoire…

Julien : Qui te dit que je veuille le faire ? Quelques ouvrages s’écrivent bien à deux. Et pourquoi la trame que tu m’as donné ne me satisferait-elle pas longtemps ? Sommes nous obligé de suivre un plan ? Tu prétendais le contraire tout à l’heure. Sommes nous obligé de penser dès le début du texte à la façon dont nous le conclurons ? Pour prolonger ta comparaison : Moi je n’ai aucune envie de retirer, de gommer, de modifier le texte que tu as écrit sur ma page.

Jacques : Tu l’as déjà fait… Tu l’as démontré toi même en m’obligeant à faire la comparaison entre le jeune homme que tu étais et celui que tu es devenu…Que tu le veuilles ou non tu as commencé à écrire ta propre page et ça je le savais depuis le début… Dès le premier jour, Julien, depuis la première fois où nous avons échangé de la tendresse, depuis la première fois où mon corps défait…

 

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