QUELQUES EXTRAITS

( Arbitrairement choisis et soumis au copyright) 

        Oui… Oui… Oui Le duo Roselli ! Rosa Roselli et son homme singe ! Tu vois,  Schwesterle,  même  le  nom  que  nous  portons  à  présent  n’est plus  que  le   vague  reflet  de  celui  que  nous avaient  donné  nos  aïeux !  Et  il  ne nous  appartient  plus  !  Il  est  à  un autre que nous. Il est la propriété du signor Bertoli ! Comme nous-mêmes ! Et ceci tout à fait officiellement , tout à fait légalement car même avec son nom    italien  cet  homme  est essentiellement   allemand.  Tout  est légal  dans  ce  pays !  Même  les plus horribles  des  actes les plus terribles se  commettent  avec  la  bénédiction de la " loi "… Avec le  même contrat Bertoli a acheté  la peur  et la misère de   deux  enfants  juifs  et  leur  nom pour le détruire… Il nous a rebaptisés  à sa manière, en  quelque sorte…Nous  sommes  devenus le duo Roselli !  Une  espèce  d’entité qui  fait de    nous    une    sorte   de   monstre bicéphale avec un nom stupide…

 

Hôtel Adlon  La Synagogue rénovée

 

''L'amériqué, l'amériqué"comme disait l'oncle Jakob… Ils en rêvaient tous   quand  cela  a    commencé… Maman et papa se disputaient souvent à ce sujet. Elle voulait partir aussi mais papa : non. " Non, non et non disait-il, mon pays c'est l'Allemagne et ce n'est pas un petit caporal avec ces discours stupides qui me fera changer d'avis…" Il la rassurait : " Ils verront bien, cette bande d'imbéciles qu'ils ont besoin de nous… Qu'ils ont besoin de nos banquiers, de nos savants, de nos marchands… Et le Ku'Damm, hein ? Qu'est ce qu'il deviendrait le Ku’Damm sans nos artistes…" C’est sans doute la première fois qu’il s’est trompé, papa, mais le petit caporal, avec ses discours stupides a réussi à faire changer d’avis tout le monde… La bande d’imbéciles s’est passé de nos banquiers en faisant main basse sur leurs banques, elle a su utiliser les travaux de nos savants pour construire des machines de guerre…Et qu’avait-elle à faire de nos marchands pour vendre la mort partout en Europe… Quant au Ku’damm, nous avons pu voir de nos propres yeux, il y a quelques années déjà ce qu'il est devenu… Tu te souviens de la promenade insensée que nous avons faite à Berlin, lorsque nous y avons joué il y a… Des siècles… Vide il était le Ku'Damm, mort avec tous ses cabarets fermés, ses théâtres sombres et les cinémas victimes du couvre-feu… Et à présent, avec tous ses bombardements çà ne doit plus être qu’un champ de ruines… Tu entends ces avions qui passent ? Et bien ils s’en vont finir de le détruire… Heureusement que la guerre est bientôt finie et que Dresde n'est pas un point stratégique important pour les Américains sinon…

   J'avais ce soir là, sur ces hommes bien nourris, sur ces femmes élégantes, sur ces enfants policés le regard du fautif… J’avais honte, Sarah, honte d’être dans cette peau… Mais ce n’est pas de la peau de singe dont je parle… C’est de ma peau de juif… Voilà ce qu’ils sont parvenus à nous faire ressentir… Tu l’avais remarqué aussi toi, comme notre père avait changé dans les derniers temps où nous vivions avec nos parents. Il en arrivait à se demander s’il n’existait pas un fond de vérité dans la propagande nazie, si nous n’étions pas vraiment une race maudite…Et combien des bonnes familles juives que nous connaissions auraient volontiers admis le sacrifice de tout ou partie de ses convictions pour conserver le statut confortable de bourgeois allemand. Combien ont accepté les humiliations, les spoliations, l’exil, l’internement en pensant qu’il ne s’agissait là que d’étapes vers la rédemption. Vers l’acquisition de la germanité ! Combien étaient prêts à sacrifier les coreligionnaires plus misérables qu’eux à leur confort personnel ?
 

Déportés de Theresien Stadt

De nouveau les bombes…Les lumières vacillent…

La voilà notre lumière de paix… Elle s’en va… Mais c’est pour mieux revenir, pour mieux nous éblouir demain. Nous étions dans le trou noir et beaucoup d’entre nous y resteront à jamais… A jamais bouches d’ombres que nulle éclat jamais ne viendra plus réchauffer… Pour toujours engloutis dans les boues sombres et froides de la complice Pologne… Ectoplasmes muets que porterons en eux, bien longtemps encore, ceux qui en reviendront, ceux qui naîtront d’eux et ceux qui naîtront encore des générations suivantes … Fantômes tournoyant autour de l’explosion finale comme la poussière d’étoile gravite autour des formidables bombes que les Américains construisent selon les plans de " notre " Albert, de notre " Oppenheimer " de tous ceux qui ont trahi l’Allemagne à cause d’un petit caporal hystérique

 

Les bombes de nouveau…

Peut-être seront nous engloutis, nous aussi, dans ce magma de fer, d’acier, de chair humaine, peut-être retrouvera-t-on une partie de nos os fondus avec ceux de la Frauenkirche, peut-être serons-nous des ces trois cents mille morts inutiles ! Mais qu’importe ! A cause de ces bombes, à cause d’autres à venir, bien plus loin et bien plus terribles, rien, plus rien ne sera jamais plus comme avant ! Les hommes apprendront la sagesse. Ils n’auront pas besoin du messie pour cela ! Le messie que nous attendions tous, chrétiens et juifs pour une fois rassemblés, le messie vers qui, aux heures les plus sombres de notre histoire les plus incroyants d’entre nous ont pris l’habitude de tendre leurs bras décharnés, le messie, cette légende ne viendra pas plus parachever la victoire de la Raison sur la bêtise, du Bien sur le Bien qu’il n’est venu nous assister dans cette épreuve qui, par son horreur ne peut-être qu’ultime… Nous serons seuls comme toujours, mais si forts de nos souffrances, administrées ou reçues que la face du monde va en être radicalement transformée… Plus personne n’écrira le mot Juif avec haine. Aucune goutte de notre sang ne tachera plus les trottoirs des villes simplement parce qu’il est le nôtre ! Nous aurons le droit de porter les Peyotls sans entendre de moqueries ! Jamais plus nous ne courberons l’échine sous l’injure… Nous deviendrons des hommes debout dans un pays debout

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