QUELQUES EXTRAITS

 

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Antonio (Qui n’a pas encore vraiment regardé Steve)

Bien sûr, Monsieur…Vous savez je ne suis pas d’ici et je n’aime pas non plus le café de la machine, ma femme me prépare toujours un thermos de vrai café. Vous voulez goûter ?

Steve (Qui regarde pour la première fois Antonio)

Non merci… Mais elle a raison. Elle est du Sud sans doute. (Il l'observe)  Vous aussi, n’est-ce pas ? Il n’y a que les gens du Sud pour savoir faire le café… (Après un temps ou il va à la fenêtre) Pourquoi ? D’ailleurs pourquoi dit-on « faire » le café ? On ne fait qu’ajouter de l’eau à un produit naturel… Ce sont les gens du Nord qui emploient cette expression, comme si eux seuls étaient capables de rendre une matière première du Sud  consommable… Prétentieux qu’ils sont… Vous savez que moi aussi j’ai vécu dans le Sud… J’y suis même né et  j’y ai grandi… C’était il y a longtemps… Grandir ! Cela aussi est un bel exemple d’expression stupide ! Comme si le simple fait de devenir un adulte c’était grandir ! En quoi ? Je me le demande...

(Antonio ne sait pas vraiment quoi faire : Il attend un signe qui manifestement ne vient pas, fouille dans son chariot. D’ailleurs Steve semble l’avoir oublié).

Vieillir, oui, vieillir c’est un mot vrai et qui devrait s’appliquer dès notre naissance, parce que dès nos premières minutes sur cette putain de terre on commence à se rapprocher de la fin. Moi plus je m’en approche et  plus j’ai l’impression au contraire que l’homme naît grand et meurt petit, recroquevillé sur toutes ses faiblesses, rabougri par toutes ses lâchetés… Regardez-moi ces fourmis, en bas… Lorsqu’il m’arrivait de voir les gens de si haut quand j’étais enfant, je m’amusais à mettre mon pouce entre eux et mon regard, comme pour les écraser comme de mauvais insectes… Combien sont-il à s’agiter entre ces deux immeubles parallèles ? A y entrer ? A en sortir ?  Un millier, deux peut-être… De tous sexes, de toutes nationalités, de toutes races même… Qu’arriverait-il si un géant donnait, pour s’amuser comme le font les enfants naïfs un coup de pied dans cette fourmilière ? Combien seraient écrasés, nous serions les premiers et que resterait-il de tout cela ? Un amas de béton, de  pierre, de verre et de papiers au milieu desquels rien ne serait plus « humain » au fond, rien qui ne soit « grand ». Et le souvenir de toutes ces petites vies médiocres et ordinaires de nantis alors que la moitié du monde crève de faim s'estomperait aussi vite que la poussière qui  recouvrirait les ruines.  Le reste du monde chercherait en vain nos restes parmi les débris comme on se prend à chercher du regard les pauvres corps broyés des insectes dans  la terre écrasée d’une fourmilière… (Du ton de l’ordre :) Regardez dans le cabinet de toilette, il y a tout ce qu’il faut…

Antonio (reposant un peu déçu le thermos)

Un café bien serré donc… Très fort, très noir je pense … Un de ces breuvages capables de réveiller un mort… 

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 Antonio (Soudain agressif)

Ah, je vois, mais il le faisait d'en haut lui, monsieur ! Moi j'étais là quand ils ont détruit la Cantina de Dolorès, avec elle dessous ou presque ! Il y avait un groupe de mecs bizarres, surgis comme des diables de grosses limousines noires, en costumes noirs aussi et que des lunettes noires, encore, protégeaient de la poussière que soulevaient les pauvres murs crasseux quand ils  s’écroulaient sous les coups des grosses mâchoires métalliques des engins dont le vacarme couvrait à peine les cris de désespoir de     la grosse tenancière. Elle avait beau, la pauvre Dolorès, pleurer toutes les larmes de son corps, elle avait beau crier qu’à présent elle était à la rue,  demander à la ronde comment elle allait gagner sa vie désormais, personne ne l'écoutait. Les mecs en noir, eux, ils rigolaient. Ils ne buvaient pas de Tequila mais trinquaient avec  du Champagne français bien frappé dont les bars de leurs grosses bagnoles regorgeaient en promettant d’autres logements à ceux qui étaient expulsés … Promettre... Ils ne savent faire que çà ces mecs là… Des logements salubres, qu’ils disaient, des appartements clairs où il ferait bon vivre, qu’ils disaient,   des petites merveilles… Lointaines, très lointaines les merveilles… Tellement qu'aujourd’hui mes parents habitent à 10 Kilomètres du centre ville. Alors ils ne s’y rendent plus jamais… A quoi bon ? Ca tombe bien pour les gens comme vous, n’est-ce pas ?… Mes vieux ils ne sont pas très décoratifs… Si j’avais vu partir Tequila Joe, je lui aurai dit qu’il n’avait pas besoin d’aller aussi loin que vous dites, parce que l’étranger il est ici depuis bien longtemps, Monsieur, dans ce foutu pays qui s’est en silence  divisé en deux…Parce que vous avez si bien su faire du bruit autour de choses qui n’en valaient pas la peine… (Il se rend compte qu’il a été un peut-être été un peu trop loin, mais depuis un moment Steve le regarde curieusement)

Steve

Antonio ? Antonio ? Vous vous appelez Antonio n’est ce pas ? Antonio… (Il voudrait se souvenir aussi du nom de famille)

Antonio (Il pense que Steve veut l’intimider)

Oui, Monsieur, Antonio… (Il voudrait se présenter mais y renonce). Cherchez pas, va, il y a belle lurette que pour vous Antonio çà suffit non ?

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Antonio

Oui, Monsieur, de technicien de surface ! C’est exactement comme çà qu'on  appelle mon boulot : Pas homme d’entretien, pas nettoyeur, encore moins   balayeur… Non : Technicien de surface. Voilà une des avancées de votre foutue pseudo révolution, voilà ce qu'elles nous ont apporté vos gesticulations, vos criailleries  à nous, les obscurs, les sans-grade… Le politiquement correct : Finis les infirmes ! Respectons les « handicapés » mais ceux qui vivent dans nos quartiers n'ont toujours personne pour s’occuper  d'eux ! Finis les femmes de ménage, mais nos mères, nos épouses, nos filles restent corvéables à merci ! Finis les pauvres ! Bonjour les « ménages aux revenus modestes » ! Mais dans les quartiers que vos spéculateurs ravagent et désertifient les stations services sociales tournent à plein rendement… Il faut bien que la pression s’évacue de temps en temps pour empêcher le couvercle de vous péter à la gueule…

( Un temps, comme s'il "ciblait" Steve"

Quant aux jeunes gens craintifs qui se cachent pour en  mater d'autres sous la douche, ce ne sont plus des pédales, des tarlouzes, mais des « gays » n’est-ce pas…

Steve (Qui a compris le message)

Tu m’avais vu ? Tu m’avais remarqué ?

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 Antonio

Qu’est-ce que vous voudriez ? Qu’on aille boire un verre ensemble un soir après le travail ? Ou alors qu’on s’invite à dîner en famille ? Vous n’en avez pas je pense… Et moi une qui serait bien trop encombrante pour vous… Alors… Vous n’allez pas non plus recommencer à me draguer… Vous avez vu à quoi je ressemble à présent ? Tous mes muscles ont disparus… La mauvaise bouffe... Pas les homards et le foie gras de chez Pierre… Je parie que vous n’oseriez même pas prendre l’ascenseur de service avec moi… Non Steve, entre nous  rien n’a existé, n’existe, n’existera… Nos existences ont été aussi parfaitement parallèles que le sont ces deux tours où tellement de gens vont et viennent que nous nous rencontrons sans doute pour la première et la dernière fois.

Steve

Quelque part, dans l’annuaire des anciens élèves, tu dois… Vous devez bien figurer…

Antonio

Vous voyez… Vous non plus vous n’arrivez pas à me tutoyer. Depuis plus d’une heure que nous bavardons, vous ne savez pas encore quel ton employer avec moi,  vous ne vous êtes toujours pas décidé ….

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