EXTRAITS

   

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Hans

Je vous en prie ! « La politesse, l’étiquette »… sont un… Comment dites-vous… Nous nous disons « Begriff »… (Il réfléchit) Ah, le nom m’échappe… (Il trouve) Ah oui, un… « Concept ». Pour vous, les français, la politesse et l’étiquette sont un… Concept un peu suranné… D’un autre temps. Et bien,  Monsieur Chardon, apprenez qu’il n’en est pas de même pour les Allemands. Parce que ces deux qualités qui ont été celles premières de votre peuple pendant longtemps sont marquées du coin du respect de l’autre et de l’autorité. Vous venez de me faire comprendre clairement que, pour vous,  j’étais du  côté des méchants, et malgré toute l’amitié qui me lie à Jacques et à votre père, j’éprouve exactement  le même sentiment à votre sujet… Je pensais seulement que cela ne saurait nous empêcher d’échanger nos impressions sur  l’ouvrage récent  d’un ami commun… Vous l’avez refusé d’un ton agressif… J’en ai pris note avec « politesse » comme vous dites… Je ne comprends donc pas pourquoi vous tentez de ranimer une conversation mort-née en y introduisant des données  personnelles, voire intimes …  Je prends note du jugement sévère sur les amis de Jacques parce que vous le portez au regard des évènements tragiques que nous vivons, mais je ne vous autorise pas pour autant à devenir vulgaire quant il s’agit de leur vie privée… Imaginons nous, tous les deux, la manière avec laquelle nous évoquerions nos communes amitiés si nous le faisions  dans des  conditions moins dramatiques... Pensons tous les deux, à la manière dont nous l’aurions fait dans le passé… Et personne ne m’empêchera de penser  qu’un jour reviendra où nos conversations retrouveront le ton policé qui nous sied… Nous sommes tous les deux membres d’une société que je connais bien et qui, avant la guerre ignoraient les frontières. Je connais un grand nombre de vos écrivains, certains même très amicalement, pour pouvoir affirmer que la plus grande partie d’entre eux, surtout les meilleurs,  se retrouvent dans un « ailleurs » intellectuel et semblent toujours former un groupe à part dans lequel les frontières politiques, elles aussi, s’estompent souvent de façons troublantes. Mais si, aujourd’hui une partie d’entre eux  se reconnaissent parfaitement dans les discours de notre Führer sur la nouvelle société, et si l’autre semble au contraire se retrouver dans les écrits de Marx, tous ou presque  se croisent pourtant dans les antichambres des grands éditeurs. Les conversations qu’on y échange, croyez-moi, ne font guère allusion au lecteur que pour en commenter trivialement le nombre. On s’échange des chiffres plus que des impressions.  Des  réelles préoccupations de l’homme de la rue, des vraies aspirations du peuple il n’est guère question. On parle de soi. En fait, j’ai le sentiment que pour tous, ou presque,  le « vulgum pecus n’a guère d’importance. Les premiers  le considérant seulement comme un moyen d’accès au pouvoir, les  seconds comme un objet d’étude ou un outil de renommée. En fait, les intellectuels français ne sont jamais préoccupés que par leur petite gloire personnelle et méprisent trop profondément tout ce qui n’est pas « esprit » pour savoir s’engager dans un camp sans calculer l’intérêt personnel qu’ils en retireront.

 

 

aul

Voilà un couplet que je connais bien, et pour cause, puisque mon propre père le défend avec tant d’enthousiasme : Le mythe du bon allemand, cultivé et gentilhomme, qui s’honore d’avoir des ancêtres français dans sa famille et considère le Führer comme le dernier des voyous : L’Allemand érudit qui cite un grand auteur classique ou écoute Beethoven en signant « la mort dans l’âme » la composition du peloton d’exécution. A qui ferez-vous donc croire de pareilles fables ? Dans combien de romans, de films rencontrera-t-on ce genre de personnages avant que chacun puisse prendre conscience que ce ne sont que des êtres de fiction ! Pire encore, les créations fantômes d’esprits malades et tourmentés… En réalité, ces petits-fils de huguenot, dont vous parlez fièrement, comme pour vous arroger un peu du talent qu’ils auraient acquis en rencontrant « l’esprit allemand » alors que celui-ci est bien loin d’être seulement prussien, ces soi-disant « derniers gentilshommes » ont tous  signé leur adhésion à un parti qui a fait du racisme l’essentiel de son programme. Et peu leur chaut que leurs noms rejoignent dans ces listes les noms qui composent la lie intellectuelle de l’Allemagne. Une lie dont évidemment les français  qui ont créé  ce mythe du « bon allemand » que d’ailleurs vous essayez d’être avec moi,  sont fiers de faire partie… Les seuls « bon allemands » que je connaisse, sont tous morts… Même si Hitler s’en empare avec une mauvaise foi éhontée : Qu’il  laisse donc Beethoven  qui a débaptisé un concerto dédié à Bonaparte quand celui-ci est devenu empereur tranquille,  qu’il  ne se gargarise pas de Schiller alors qu’on étouffe les cris que celui-ci poussait à propos de la liberté de penser, qu’il oublie un peu Goethe  qui, de son propre aveu aimait autant les fesses des garçons que celles des filles,  et qu’il lise Nietzsche avec plus d’attention et d’intelligence avant d’oser  le mettre de son côté…

Hans

Nous n’arriverons à rien si vous vous contentez uniquement de répondre à mes arguments par des citations. Votre attitude me déçoit et elle confirme trop ce que nous disons souvent en Allemagne : Les Allemands pensent, les Français parlent. Il est facile à chaque homme un peu érudit  de trouver une citation qui confirme ses propres idées dans tout ce qui s’est dit depuis des siècles, et surtout chez vous, les français. Vos philosophes sont tellement bavards que vous n’avez que l’embarras du choix. Ils parlent tellement qu’on se demande comment  ils ont encore le temps d’écrire. C’est pire encore quand ils se mêlent de politique. Et la multitude des citations possibles, le nombre de tous ces « bons mots » quelquefois de sens contraire quoique émanent du même auteur les vident de réelle signification et affaibli considérablement leur portée. La plupart d’entre elles sentent la poussière. Si l’on ajoute l’un de  vos traits qui est  de privilégier plus souvent la forme que le fond, ce qui vous fait ainsi  passer à côté de phénomènes qui vous échappent même s’ils sont de votre fait, le tableau est complet. En vous accrochant à de belles formules, de beaux et nobles mots, vous avez accepté que votre Révolution soit dévoyée par un petit caporal qui l’a transformé en Empire absolu et ce sont d’autres peuples d’Europe qui malgré vous, et la manière brutale avec laquelle  vous vouliez l’imposer, ont appliqué avec plus de rigueur des textes dont vous avez si soigneusement pesé chaque mots que vous les avez désincarnés. Votre dernière République est tombée comme un fruit blet juste parce que nous avons un peu secoué votre armée  dans  le Nord de la France. Une armée dans laquelle on entendait souvent :  «  Plutôt  Hitler  que Blum »[1]… Des mots aussi, sans doute mais aussi l’expression d’un sentiment bien  plus profond que vous n’avez pas su entendre en temps voulu. En tout cas  cela ne semble pas avoir guéri la plupart de vos compatriotes : En confiant le pouvoir à un vieillard gâteux voilà que les Français se gargarisent à nouveau de mots qu’ils croient avoir  réinventés : Travail, Famille, Patrie… Ils ont la bouche pleine de ces trois mots comme s’ils étaient la solution à tous leurs problèmes…


[1] Pour ma part, je me suis senti instinctivement mille fois plus près de nos ex-ennemis allemands que de toute cette racaille juive prétendument française et bien que je n'éprouve aucune sympathie personnelle pour M. Hitler, M. Blum m'inspire une bien autrement profonde répugnance." Marcel Jouhandeau

 


 

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